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31/03/2010

LE BONHOMME DE NEIGE – JO NESBØ

Un bon thé bien chaud, un bon feu de cheminée, quelques biscuits et nous voilà prêts à affronter les frimas hivernaux et nesbo.jpgglaçants du Bonhomme de neige. Nous sommes en Norvège. Chaque année des femmes disparaissent aux premières neiges, ne laissant rien derrière elles. Si ce n’est un bonhomme de neige, dans leur jardin ou à proximité. Le point commun entre ces femmes ? Elles ont consulté un médecin quelque temps auparavant. Le même. Harry Hole, inspecteur renommé, se voit confier l’enquête (il a reçu un courrier signé le bonhomme de neige), assisté d’une nouvelle venue dans son équipe, Katrine Bratt.

 

Je viens donc de découvrir Jo Nesbø et ses polars nordiques, son inspecteur Harry Hole, alcoolique repenti dans cet opus (il semble qu’il l’ait été avéré dans les précédents et plus que ça même..). Un polar classique, un serial killer redoutable autant que diabolique, des chausse-trappe en veux tu en voilà tout au long du roman, des fausses pistes, des indices distillés ça et là, un rythme saccadé tout en prenant le temps de bien saisir la psychologie des personnages, et un final au suspens redoutable.

 

Classique, donc, et très bien construit : les flashes back dans le passé mènent le lecteur vers d’autres meurtres survenus bien avant que Holle soit investi de l’enquête et que l’on pense même à faire un lien entre ces disparitions, le tout sans perturber le rythme de lecture. Au contraire, ils permettent de semer le doute, encombrer nos esprits par d’insupportables suppositions et hypothèses quant à l’identité du tueur. Quant aux personnages, que ce soit Harry Hole, détaché, blasé, à la fois dégoûté et, pourtant, décidé à faire régner la justice coûte que coûte, ou les autres personnages (une jeune femme décidée à résoudre l’enquête pour d’inavouables raisons, quels que soient les moyens utilisés, un ex flic assassiné, un séducteur compulsif, des médecins jouant un peu trop avec les codes de l’éthique), Jo Nesbø donne à tous ses personnages une profondeur psychologique, des psychoses inavouées qui font d’eux des êtres viscéralement intéressants, quelle que soit leur rôle (gentil / méchant) dans le roman. Et, au final, tous sont plus ou moins les deux.

 

Intéressant. Bien fait. A retenir.

 

 

Le bonhomme de neige, Jo Nesbø

Folio Policier, janvier 2010, 584 pages

 

 

 

Les avis de Keisha, Jean-Luc Laherrere, Armande, Kathel, Polar Noir.

 

 

 

20/10/2009

LES VISAGES – JESSE KELLERMAN

New York, un galeriste reconnu, dénicheur de talents, un artiste fou (ou génial ?), une famille richissime, un tueur en série, des enfants violés et assassinés, voilà les ingrédients du roman de Jesse Kellerman. kellerman.jpg

 

Ethan Muller est marchand d’art, issu d’une famille d’immigrants juifs qui ont fait fortune dans l’immobilier. Un jour, l’homme de confiance de son père informe Ethan qu’on a retrouvé des dessins dans un des appartements des Muller Courts (une des nombreuses propriétés de son père). Victor Clarke, l’auteur des dessins, a disparu. Personne ne semble le connaître, ni savoir où il est. Inconnu, mais génial. Disparu, mais auteur d’une œuvre exceptionnelle, hors du commun : une série de dessins formant un gigantesque puzzle, une cartographie de visages et de silhouettes époustouflante et tout autant énigmatique.

 

Fasciné par le talent de Clarke et flairant le caractère extraordinaire de ces dessins, Ethan décide de les exposer ; l’exposition attire la curiosité des amateurs, des professionnels, mais quelques semaines plus tard Mc Grath, un ancien policier de New York contacte Ethan : il a reconnu sur les dessins des visages d’enfants assassinés des années auparavant.

 

 

Au-delà du roman policier et de l’enquête à proprement parler que mène Ethan pour retrouver Victor Clarke, Jesse Kellerman, en s’appuyant sur une intrigue impeccablement construite, entraîne le lecteur dans un roman familial où les liens du sang, la filiation, la famille sont partie essentielle de la trame. Après chaque chapitre concernant Ethan et Victor, des interludes nous ramènent dans le passé et nous font connaître la famille d’Ethan, du premier colon juif, Solomon Muller, arrivé à la fin du 19ème siècle dans cette Terre Promise que furent les Etats-Unis pour les juifs allemands. Au fil des interludes, en faisant des sauts dans le temps, Jesse Kellerman dresse le portrait de la dynastie créée par Solomon Muller à force de travail, d’acharnement et de renoncements : argent, fortune et renommée, alliés à la rage de vaincre pour établir une lignée de puissants et asseoir la dynastie, assistés par les femmes qui seront encore plus fermement acharnées à maintenir la réputation sociale de la famille, quitte à écraser tout ce qui peut affaiblir leur nom.

 

Tandis que le lecteur glane peu à peu les indices et événements qui permettront de savoir qui est Victor et quelle est son implication dans les meurtres des enfants (les deux récits se révéleront au final intimement liés), le récit de Ethan (raconté à la première personne du singulier, en s’adressant régulièrement au lecteur) propose également une réflexion sur l’art, ses enjeux, ses valeurs. Les portraits de l’artiste, le pouvoir des marchands d’arts, critiques, et acheteurs est esquissé à travers les descriptions du milieu artistique new-yorkais, à la fois bohème et calculateur, où la création de l’artiste doit céder la place à la logique financière des investisseurs.

 

Ethan, en rupture avec sa famille, ne pourra que replonger dans l’histoire familiale et renouer avec cette filiation qu’il rejette tant. Elevé dans des hôtels particuliers par des gouvernantes, ignoré par son père à la mort de sa mère, le jeune homme, devenu un pilier du marché de l’art new-yorkais après avoir jeté sa gourme et brûlé ses ailes dans la drogue et les filles faciles, va s’immerger dans un milieu inconnu quoique propriété de sa famille : le Queens, les Muller Courts, véritable ville dans la ville, avec ses cloaques, ses rebuts et ses laissés pour compte d’une société qui méprise les faibles, faibles qui se révèlent au final bien plus libres que le jeune homme. Partagé entre deux femmes, Marylin, galeriste toute puissante et de vingt ans son aînée et Samantha, la fille du policier Mc Grath, issue d’un milieu modeste, Ethan plonge dans une enquête qui le ramènera à ses propres origines, et par là-même à l'homme qu'il est réellement.

 

Un bon roman, servi par une intrigue particulièrement captivante et une plume saisissante qui maintient le lecteur en haleine.

 

 

 

Les visages, Jesse Kellerman, traduit de l’américain par Julie Sibony

Sonatine, Octobre 2009, 472 pages

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15/06/2009

AU DELA DU MAL – SHANE STEVENS

C’est Cuné qui m’a alertée sur la sortie de ce roman paru en 1979 en Etats-Unis et enfin traduit en français. Moult hésitations, décision d’attendre sagement sa sortie poche, envie pressante de le lire, il a suffit d’une virée chez Gibert en compagnie de la dame pour le trouver et me décider.stevens.jpg

 

De quoi s’agit-il donc ? D’un roman qualifié comme un roman fondateur du thème du sérial killer, roman qui aurait initié le Silences des Agneaux ou le Dalhia noir, pour ne citer qu’eux.

 

Un sérial killer, nous en avons un. Thomas Bishop, dont l’enfance a été saccagée par une mère brutale, dérangée, qui confondait baisers et coups de fouet. Le père est une minable petit voleur qui n’a réussi qu’à se faire buter par ses propres complices lors d’un braquage raté. A moins que ce ne soit Caryl Chessman, violeur récidiviste, dont Sara Bishop prétend avoir été l’une de ses victimes. Un enfant brisé donc, qui se repaît de rêves d’immortalité et se croit le fils d’un héros assassiné par l’état (Chessman fut exécuté en 1960, après onze ans dans le couloir de la mort, et avoir fait l’objet de plusieurs débats contre la peine de mort : Chessman a été exécuté alors qu’il n’a jamais tué.  A noter que Caryl Chessman est un personnage réel, dont Shane Stevens se sert ici pour élaborer la base de son intrigue). Bishop s’évade de l’asile psychiatrique où il est enfermé après avoir tué sa mère à l’âge de 10 ans et entame une course folle à travers les Etats-Unis et commence son « œuvre » : il assassine et mutile toutes les femmes qui croisent sa route.

 

Pour le trouver, policiers, politiciens, journalistes (et notamment Adam Kenton, journaliste d’investigation qui se consacrera entièrement à Bishop), sans oublier la pègre, se lancent sur ses traces.

 

C’est à la fois glacial (le style est froid, détaché) et prenant. Après un début un tantinet longuet dans lequel l’enfance de Bishop est narrée, les bases de sa folie expliquées, sa fuite marque le début d’une partie plus rythmée dans laquelle nous apprenons à mieux connaître le tueur et les personnages qui le traquent. Stevens attaque la presse, vouée au sensationnalisme et dévoreuse de scoops, la politique et ses candidats au triomphe électoral (le sénateur Stoner) prompts à se jeter sur toute cause servant avant tout leurs propres intérêts, la pègre et ses ramifications avec la presse et la police ; un roman long, assez fouillé, d’une densité à la fois compacte et fluide (le tout se lit sans essoufflement). L’intrigue est bien bâtie (mais, en prêtant attention aux détails, on comprendra rapidement que, quelque part, un retournement se produira, et je dois dire que je ne vois pas le pourquoi de ce retournement. Je l’avais compris, je l’attendais, mais je ne vois pas son utilité si ce n’est celle de susciter des questions et ne pas totalement fermer le roman (avait-il l’intention d’en écrire une suite ?)) ; l’intérêt ne faiblit pas (il y a quand même quelques longueurs) et à aucun moment je n’ai voulu abandonner ma lecture. Quant à la fin proprement dite du tueur... eh bien, je ne la trouve guère originale, voire carrément banale et facile.

 

Au final, malgré les indéniables qualités du roman, je reste légèrement sur ma faim. J’attendais, je l’avoue, les mêmes émotions qu’ont suscité en moi « De sang froid » (dont on peut rapprocher ici le style plutôt froid et analytique) ou « Le silence des agneaux » (qui rappellera quant à lui la traque d’un serial killer particulièrement intelligent et démoniaque). Mais, avec ces deux là, j'ai passé des nuits blanches : d'admiration avec Capote, d'angoisse et de tremblements inextinguibles avec Harris. Ici, seule la curiosité pour un travail bien fait, certes, mais pas "ébouriffant" m'a poussée à aller jusqu'au bout.

 

 

Définitivement, ma préférence va à Capote et Harris, pourtant totalement différents l’un de l’autre, mais bien plus passionnants.

 

 

 

Au-delà du mal, Shane Stevens

Sonatine, 760 pages, mars 2009

 

 

Quelques informations sur Caryl Chessman (merci Bladelor !) :

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAF91031363

 

http://www.13emerue.fr/dossiers/affaire-caryl-chessman/3.htm

 

27/04/2009

UN TUEUR A MUNICH – ANDREA MARIA SCHENKEL

Le roman commence par l’exécution de Joseph Kalteis, un tueur en série accusé d’une série de crimes sexuels à Munich dans les schenkel.jpgannées 30. L’homme refuse de reconnaître les nombreux meurtres pour lesquels il a été arrêté. Puis nous faisons la connaissance de Kathie, une jeune provinciale montée à Munich pour trouver une place de bonne. Kathie rencontre Mitzi, qui lui fait comprendre qu’en trouvant un protecteur, elle n’aura pas besoin de travailler et pourra vivre comme une dame.

 

Le roman est construit par bribes : récit de l’arrivée de Kathie à Munich, témoignages de proches d’autres victimes, extraits d’interrogatoires de Joseph Kalteis (nous n’entendons que les réponses du meurtrier à ses interrogateurs). Tout s’alterne et les strates s’imbriquent clairement, nous comprenons que Joseph tuera Kathie (elle fut sa première victime) et suivons la jeune fille, qui rêvait de devenir une dame, se vendre pour quelque argent et finir assassinée.

 

C’est bien fait, dense et compact, tout en nous donnant un aperçu de la vie munichoise et des rêves des jeunes allemandes. Le ton est simple, relativement clinique mais réussit à faire monter une tension assez palpable. Peut-être un peu trop clinique, justement, manquant un peu d’empathie, donnant au lecteur une position de simple spectateur. Les parties relatant l’interrogatoire de Joseph sont en revanche très bien faites : l’absence des questions rend les réponses du meurtrier encore plus captivantes, nous sentons sa folie, ses divagations, son absence totale de remords.

 

Le roman est tiré d’un fait réel. Glaçant mais manquant peut-être un peu d'émotion (et une belle couverture, même si elle n'a que peu de rapport avec le contenu !).

 

 

 

Un tueur à Munich – Andrea Maria Schenkel – Actes Sud, actes noirs, 167 pages

 

 

Les avis de Cuné et Clarabel