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10/03/2011

Alex – Pierre Lemaître

 

C'est marrant parce qu'au début, je me suis dit que le style était trop différent des précédentsalex couv.jpg romans de Pierre Lemaître. Très sec, presque parlé, des faits, des actes, point. Et puis au bout de quelques pages ces faits, ces gestes, ces situations viennent s'enchaîner, s'imbriquer, se bousculer et on n'a qu'une envie : y rester, s'y enfoncer, oublier qu'on est presque demain et que demain, justement, il faudra se lever. Et demain, donc,  ou aujourd'hui, en tous cas ce matin, on ne sait plus, on a perdu la notion du temps, ou alors on l'a toujours mais on s'en fout, on oublie que l'on doit partir. On reste avec Alex et peu importe le reste. Il attendra, de toute façon.

 

Alex a une trentaine d'années, elle est jolie dans le sens jolie-mais-discrète. Les hommes se retournent sur son passage et notamment un quinquagénaire qui semble la suivre. Alex ne se méfie pas assez et, alors qu'elle rentre chez elle, elle est kidnappée par cet homme qui l'enferme dans un entrepôt. Ce qu'il veut ? « La voir crever ». C'est clair, net, sans appel. Alex se retrouve enfermée dans un cage suspendue à quelques mètres du sol, avec des rats affamés pour seule compagnie.

 

Un témoin a assisté à l'enlèvement et prévenu la police. Le commissaire Camille Verhoeven est chargé du dossier (Camille Verhoeven, héros de « Travail soigné » du même Pierre Lemaître (toujours pas lu, honte à moi)), Camille le petit flic caractériel, un mètre quarante cinq et le veuvage pas encore digéré, se retrouve mêlé contre son gré à cette affaire : il n'y a personne d'autre pour prendre l'affaire en mains, il va devoir s'y coller, en attendant que son collègue revienne.

 

 

Au début, donc, le style est étonnant : sobre, sec, rapide, nerveux. Et s'il m'a laissée perplexe pendant quelques pages, il m'en aura fallu seulement quelques autres pour être irrémédiablement rivée à mon exemplaire. Pierre Lemaître excelle à créer des situations et des atmosphères toutes aussi parfaitement tendues que magistralement orchestrées. De page de page, on suit tour à tour Alex aux prises avec son ravisseur (qui est-il, pourquoi veut-il sa mort ?) (Alex, fermement résolue à survivre et se battre) et Camille Verhoeven qui se prend peu à peu au jeu de l'enquête, Camille Verhoeven personnage fêlé, démoli par la mort de sa femme après qu'elle ait été kidnapée. Cette affaire, il ne la quittera pas, finalement.

 

Etonnante aussi la tournure que prendra le roman dans la deuxième partie où l'on apprendra qu'Alex n'est pas la simple victime d'un banal pervers, et c'est là que se révèle tout le machiavélisme de Lemaître : l'enquête se transforme, les victimes ne sont plus celles qu'on pensait et le tout prend une tournure bien plus sombre avec des ramifications aussi tortueuses qu'habiles, des hommes assassinés à l'acide sulfurique, tous semblant être choisis au hasard sans autre lien que celui de croiser, un jour ou l'autre, la route d'Alex.

 

Un roman idéal pour oublier le reste donc, où la folie et la vengeance ont la part belle. Des mots simples et un style sans fioriture aucune révèlent des personnages ambigus, tous aussi fascinants les uns que les autres. Que ce soient les personnages secondaires qui exhalent tous un parfum âcre d'humanité salace ou de salacité parfois simplement humaine (un des talents de Lemaître consiste justement à saisir, grâce à d'infimes détails ou descriptions, des fragments d'humanité bien croqués qu'il balance, l'air de rien, à la face de son lecteur) ou Camille Verhoeven, idéalement torturé et pugnace, tous les protagonistes qui évoluent autour d'Alex, (est-elle victime, est-elle bourreau ?) , sont parfaitement maîtrisés.

 

Jusqu'à la fin, on dévore ce roman presque sans mâcher, voracement. Et cette fin... parfaite.

 

 

 

Alex, Pierre Lemaître

Albin Michel, 392 pages, janvier 2011

 

 

Les avis de Stéphie, Claude Le Nocher, Clara, Pimprenelle

 

 

 

 

 

 

19/01/2009

MEURTRES EN BLEU MARINE – C.J. BOX

Au début du roman, nous faisons la connaissance d’Annie et son frère William. Elevés par leur mère célibataire, Monica, ils meurtrebleumarine.jpgdécident d’aller à la pêche après l’école et, alors qu’ils traversent une forêt (le roman se passe dans l’Idaho), sont les témoins involontaires d’une scène de meurtre. Les assassins ? Un bande de flics à la retraite. Annie et William prennent la fuite, mais les meurtriers les ont vus et partent à leur poursuite. Les enfants trouvent abri chez un fermier solitaire, Jess Rawlins, qui croit leurs accusations et décide de les protéger tandis qu’à la ville, le shérif Carey, totalement dépassé par cette affaire, décide l’aide que les policiers-retraités lui proposent. Ce que veut le shérif : retrouver les enfants. Ce que veulent les retraités : la même chose. Mais pas pour les mêmes raisons.

 

Dans la famille polar bien-fait-quoique-peu-original je demande Meurtres en bleu marine. Peu original, parce que le situations et les personnages sont somme toute assez attendus voire prévisibles. Bien fait, eh bien parce que je ne l’ai pas lâché, il a monopolisé  quelques petites heures est à l’origine d’un magma de féculents affreusement gluants, il faut l’avouer totalement immangeables.

 

Bien sûr, on pourra dire que les ficelles du polar sont classiques. Les méchants sont des affreux flics véreux décidés coûte que coûte à protéger leurs anciennes exactions. Les enfants innocents, qui ne peuvent aller trouver la police, sont hébergés par un vieux cow boy qui décide de leur faire confiance. Jess est un vieux de la vieille, genre cow boy solitaire au cœur gros comme ça sous des dehors taciturnes et un peu ours. On y trouve aussi un autre flic décidé à éclaircir une vieille histoire jamais résolue, une factrice commère et avide de sensationnalisme qui se mêle de tout et surtout de ce qui ne la regarde pas, un banquier torturé par ce qu’il sait, un shérif incapable et manipulable. Le tout dans une petite bourgade perdue dans l’Idaho, où la nature est omniprésente et les centres d’intérêt réduits aux commérages, à la pêche et aux bars.

 

Voilà, c’est classique, de bonne facture, et surtout, prenant. A lire pour se laisser absorber, comme un page turner efficace, avec empathie et envie d’oublier le reste un moment. Loin, très loin de Shutter Island ou Zulu, par exemple, mais efficace.

 

 

Meurtres en bleu marine, C.J. Box – Seuil Policiers, 383 pages

 

Lu dans le cadre du Prix des Lectrices ELLE 2009, catégorie Policiers