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13/07/2010

De la lecture... Festival de Correspondance de Grignan

Grignan affiche.jpgIl y a le théâtre, ses pièces, ses mises en scènes ; magiques, drôles, émouvantes ou passionnées.

 

Il y a les lectures, ces pièces ou textes dits, simplement, avec le seul support de la voix, des mots qui s'envolent vers le spectateur et viennent susurrer à son oreille.

 

Il y a la correspondance, ces lettres où l’on se confie, où l’on aime, où l’on espère.... ces lettres parfois relues et conservées...

 

 

 

 

Le Festival de Correspondance de Grignan a été créé en 1996, à l'occasion du tricentenaire de la mort dejaune 023.jpg Madame de Sévigné. A quelques encablures d'Avignon, il accueille chaque année des artistes qui viennent ici célébrer l'art épistolaire et faire (re)découvrir les correspondances aussi variées que celles Madame de Sévigné, Paul Eluard, Rodin et Claudel, Virginia Woolf, Helen Hanff, Tchekov, Francis Scott et Zelda FItzgerald, Heloïse et Abelard, Proust, en passant par Rosselini, Truffaut, Jean Renoir, Frederico Fellini... et bien d'autres.

 

 

Direction Grignan, donc, un samedi ensoleillé, avec quelques autres bloggueurs pour découvrir le Festival, dédié cette année à la Correspondance Théâtrale... L'occasion pour moi de faire de bien belles rencontres...

 

Pour commencer, une rencontre avec Jacques Weber auteur. Jacques Weber qui vient de publier son premier récit « Des petits coins de Paradis ». Jacques Weber lit quelques extraits, parle de ce livre écrit peu après le décès d’un proche. Accompagner les derniers pas de cet ami l’a ramené à ses propres premiers pas au théâtre… les souvenirs sont remontés et les mots se sont écoulés.

 

Elégance du verbe et du personnage qui marie truculence et séduction, charisme et finesse des propos, tantôt oeil de velours ou oeil de canaille, Jacques Weber est un orateur et comédien à part, un monstre qui ne se veut surtout pas sacré, un monstre pudique qui parle du théâtre avec passion et enthousiasme,  fier d'être resté un amateur dans le sens premier du terme, c'est à dire un homme qui aime, avant tout, jouer, et partager.

Comme il le dit avec justesse, le comédien ne peut jouer que dans la joie et le plaisir d'être sur scène. Sans joie, le comédien fait son travail... et ne joue plus. Propos que je partage entièrement, bien sûr.....

 

 

Première partie de soirée, une lecture mise en espace de la pièce de Denise Chalem « Paris septième, mes plus belles vacances» (Prix Durance – Beaumarchais SACD du Festival 2009), en plein air dans la Collégiale de Grignan. Beau spectacle et belle pièce, une patiente et son infirmier y nouent une relation initialement tendue qui deviendra tendre et amicale avec le temps. Les mots font mouche, tantôt drôles, tantôt émouvants ou mélancoliques. On se parle, on s'y écrit, on s'y engueule, on s'y confie... une très jolie pièce dont le texte nous a été offert… théâtreux théâtreuses, je peux le faire voyager (à condition qu’il revienne, hein !) (@ Leiloona ça te dit ?)…

 

 

Deuxième partie de soirée et excellent moment, une lecture réalisée à partir d’extraits de la correspondance de Ionesco et de sa conférence sur le théâtre (catalogue de la BNF), librement adaptés par Gérald Stehr et Didier Goupil. Les deux lecteurs, Dominique Pinon et Jean-Paul Bordes (Bordes est tout bonnement excellent, sa prestation m’a bluffée) nous ont offert là un moment parfait, toujours en plein air, avec chants des cigales et petites lucioles en prime :) Un pur moment de bonheur, qui nous a étonnement séduits.

 

 

Un Festival de grande qualité, donc, où les mots et l'écrit ont la part belle... Partout, dans le village, des animations ponctuent l’événement : marché du livre qui fait honneur aux ouvrages anciens (et pas qu'aux Correspondances),  calligraphes, artisans créateurs de carnets, stylos et plumes, exposition sur la magie des costumes, et surtout, des chambres d'écritures disséminées un peu partout dans le village : une table, une plume, des enveloppes.... chacun peut s'asseoir, penser à un être cher (ou pas !) et lui écrire. On laisse l'enveloppe dans un panier, elle sera postée ensuite par l'organisation du Festival. L'idée est excellente et beaucoup s'asseyent pour prendre la plume à leur tour, ... A l'heure des mails, textos, twitters et autres réseaux sociaux, c'est le plaisir d’une correspondance « à l'ancienne » que l’on retrouve un court instant (dit celle qui a écrit trois lettres et s'est empressée de le raconter sur FB)… Très belle initiative qui rencontre un franc succès ;)

 

 

Festival animé essentiellement par des bénévoles passionnés, festival à taille humaine où l'on croise dans les rues du village les artistes que l'on a écoutés peu auparavant, que l'on retrouve assis juste à coté de vous au spectacle suivant (damned, j’ai cru défaillir en retrouvant Weber juste devant moi… et évidemment l’homme est abordable, discute bien volontiers, toujours aussi simple et sympathique)... ce Festival de Grignan possède une âme et une atmosphère qui lui sont vraiment propres.

 

Toute l’activité de Grignan est concentrée  autour de l’événement et tous se jaune 092.jpgmettent au diapason de l’écrit : le restaurant « le Clair de la Plume », par exemple, aux portes du village, propose ses cartes... insérées au milieu de livres anciens. C'est tout bête quand on y pense, mais cela ajoute un charme surprenant à ce délicieux restaurant  où nous sommes régalés.

 

L'hôtel Le Moulin de Valaurie, aux portes de Grignan, est un petit havre de tranquillité, idyllique à souhait (le bonheur d'aller faire quelques brasses à 6 heures, le matin, seule alors que le soleil ne brûle pas encore....)....

 

 

 

Bref, ce fut une week end plein de charme et de sourires. Ceux qui me connaissent savent mon amour du théâtre et des lectures à Haute Voix que je pratique régulièrement... Un week end plein de charme, donc, à refaire sans aucun doute ;)

 

Je remercie par ailleurs la marque Durance, partenaire très actif et très impliqué du Festival grâce à son dirigeant passionné de lettres et de théâtre, qui nous a invités pour ce week end réussi de bout en bout (j’ai découvert la bougie senteur Cuir & Iris qui exhale un exquis parfum de bibliothèque...:).

 

Merci également à l'association Pierres et Roses  Anciennes de Grignan, et notamment Jean Luchet et sa femme Geneviève qui nous ont fait visiter Grignan en partageant leur passion pour sa sauvegarde et la protection des multiples rosiers qui le fleurissent. Ces deux passionnés marient histoire et botanique pour offrir une visite chaleureuse et instructive à leurs hôtes. 

 

Merci  à Alexandra, La fille qui fait des bulles ( Alexandra, des petites bulles de joie et d'humanité éclatent dans ton sillage, grâce à tes attentions, ta gentillesse, ta disponibilité, ton obsession de nous protéger des insolations, les bouteilles d'eau que tu nous forçais à boire, bref, je suis heureuse de t'avoir rencontrée :) merci à Nicolas pour son sourire et sa bonne humeur contagieuse, à Charles qui m'a supporté et accompagné à toutes les lectures, même les plus caniculaires,  ainsi qu'à Plastie, Frieda l'Ecuyère, Viinz et Guillaume, les autre bloggueurs invités que j'ai découverts à cette occasion, pour leur accueil et leur gentillesse.

 

 

Et pour parfaire ma réputation de quiche en matière de photos, voici un aperçu, en vrac, de ce que nous avons vécu (il n'y a pas de photo des lectures car je me suis contentée d'écouter et de me laisser aller aux plaisirs des mots)......

 

(cliquer sur la photo)

24/05/2010

Cher amour – Bernard Giraudeau

De l’amour et des voyages, de l’être idolâtré et des personnages croisés au fil des étapes, bien ancrés, eux, dans une réalité giraudeau.jpgquotidienne, Bernard Giraudeau se plait à mélanger les genres.

 

Le narrateur, que l’on reconnaîtra rapidement comme le comédien lui-même, écrit à une femme rêvée, fantasmée. A cette femme imaginaire, amie ou amante, confidente et partenaire, il écrit ces lettres comme un parchemin qui se déroule et d’où surgissent au fil des escales, l’Amérique du Sud,le Viet Nam, la Corée, la Thaïlande… Il raconte. Les hommes et femmes, singuliers, rencontrés, avec lesquels il fait un bout de chemin, ceux qu’il croise et accompagne, ceux qu’il aperçoit, brièvement, et dont il invente la vie, la douleur ou l’amour. Pourquoi écrit-il ? Pour parler, se confier, avoir au fil de ses voyages un être toujours présent à ses cotés ?

 

 « Je ne sais où vous serez, mais je devine déjà votre intérêt pour ces voyages, ces mots, ces aveux parfois. Peut-être vous mentirais-je un peu, mentir un peu c’est être très près de la vérité, mentir beaucoup serait m’en éloigner. Avec le temps l’espace entre vérités et mensonges se dissipe doucement et vous me pardonnerez si parfois j’ai repoussé cette frontière pur être au plus près de l’indicible. Je soupçonne votre sourire à certains passages, votre joue légèrement froissée, appuyée sur votre main, l’autre tournant lentement les pages, sans voracité, laissant un doigt sous la précédente comme si vous alliez la relire, mais que vous abandonnez pour la suivante. Je vous espère parfois jalouse, un peu mordue par les mots, mais jamais douloureuse. Je vous aime depuis si longtemps, depuis avant le début, voyez vous. Ce récits sont des voyages au pays des hommes. Voyager, on n’en revient jamais. Je vous écris pour prolonger l’instant, en garder une trace, tordre le cou à la fugacité, à l’oubli, l « l’impermanence », ceci sans succès bien sûr puisque c’est vouloir figer l’éphémère, et j’aime l’éphémère, nul n’est parfait. »

 

En guise de pause, le narrateur intercale régulièrement des souvenirs de théâtre, la douleur et la joie de se laisser envahir par un personnage, de sentir l’autre s’immiscer en soi, d’abord difficilement puis de plus en plus naturellement, jusqu’à ne faire plus qu’un. Et quand ce personnage est devenu part entière du narrateur (ou est-ce l’inverse, là réside en partie la grâce, la difficulté de ce métier), l’angoisse, la terreur indicible qui vous noue le ventre, vous broie les tripes avant chaque représentation pour vous laisser vidé, transi, après la représentation.

 

« J’aime le rideau ouvert sur le vide d’une salle pour être le meilleur acteur au monde. Je suis souvent très bon seul devant ma glace, mais seul sur une scène devant un théâtre vide, je suis le roi des planches. Je peux frotter l’archet sur toutes les cordes vocales, prendre la mesure de l’espace, être en parfaite harmonie et me préparer à un nouvel accord dès que la salle sera pleine. Une salle vide est un théâtre à marée basse. En pleine lumière ce sera autre chose et tu auras moins d’assurance, petit bonhomme. Je vole ces moments, ces émotions, et je m’approprie ces instants que nul autre ne vit avec moi. Je garde fertile ce long fragment de jouissance pour la représentation du soir, afin de donner cette dimension lors de la mise en vie du spectacle. Je veux sacraliser tout cela quand les trompettes de lumière éclatent sur la scène. Je crois que j’aime le théâtre. Je l’ai cru longtemps illusoire, mais il est acte poétique, acte de vie en pleine conscience. La vie est absolument, indéniablement sacrée. »

 

 

Il y a une grâce lumineuse dans l’écriture de Bernard Giraudeau. Son récit est plein de poésie et pourtant jamais il n’en rajoute, jamais il ne tombe dans un style grandiloquent et lourd. L’équilibre est fragile, ténu, mais toujours ciselé, toujours retenu. Probablement grâce à la sincérité qu’il met dans ses mots, à l’humilité que l’on y sent. Ce narrateur qui se confie à cette femme imaginée (comme on parle à un être qui, n’existant pas, ne vous jugera jamais et vous écoutera en toute simplicité et empathie) offre ces récits comme un cadeau spontané, une invitation à voyager avec lui et découvrir le monde au travers ses yeux. Parfois les récits deviennent lassants, je suis restée à terre à plusieurs reprises, m’enlisant dans ces histoires du bout du monde, car le ton prend parfois des allures de litanie. C’est le seul bémol que je mettrai au roman. En revanche, toutes les escales théâtrales m’ont touchée, Bernard Giraudeau invite les personnages qu’il a interprétés à faire partie du voyage, un autre voyage certes mais un éloignement quand même, une évasion dans un autre univers où le réel n’aura pas prise.

 

De l’amour et des voyages, du théâtre et de l’amour. Un beau roman, malgré quelques longueurs.

 

 

 

 

 

Cher amour, Bernard Giraudeau

Points, 303 pages, Mai 2010

 

Chronique également en ligne dans la rubrique "La toile en parle", sur le Cercle Points. Merci !

 

 

 

L'avis de Erzebeth: "Cher amour est un roman à la beauté sincère; et ses imperfections le rendent encore plus attachant, plus humain. C'est un roman qui donne envie d'ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure (un roman qui, accessoirement, donne très envie de visionner les documentaires tournés par Bernard Giraudeau), un roman qui pince et qui caresse à la fois".


Celui de Leiloona : "En somme, voici un récit de voyages mobiles et immobiles, l'ensemble illustrant une belle histoire d'amour. L'amour qui n'est autre qu'un transport amoureux aussi"

 

Et celui de Essel : "Toutefois, l'absence réelle d'intrigue, de véritable fil linéaire, conjugué à l'effet patchwork provoqué par ce mélange peuvent empêcher de se laisser totalement emporter par la lecture de ce nouveau texte".  

15/04/2010

Mais en dehors du théâtre, est-il une vie ? Gaston Baty

Le théâtre est une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin… Le théâtre est donc, au premier chef, un service public. Tout comme le gaz, l’eau, l’électricité.

Jean Villar

 

Le théâtre, c’est la vie. Ses moments d’ennui en moins.

Alfred Hitchkock

 

Le théâtre, c’est la générosité, le cinéma, c’est l’avarice. La caméra vient nous chercher, il faut tout garder. Le théâtre est le véritable espace d’expression du comédien.

George Cukor

 

Le théâtre, ça m’éclate.

Amanda Meyre

 

Pass theatre.jpgPff, encore du théâtre…

 

Je relaie une info en passant… Au cas où ou vous auriez envie d’aller au théâtre… Parce que y’a que ça de vrai les amis…

 

Telerama lance le Pass Telerama Théâtre du 3 au 9 mai prochains…

 

Comme pour le Festival Cinéma ou le Week end Musées, le système est le même : les amateurs pourront découper dans le numéro des 21 et 28 avril prochains le Pass valable pour deux personnes et payer 10 euros la place (quand on voit le prix de certaines places…).

 

Une centaine de théâtre participent à l’opération à Paris comme en Province :

 

Comédie Française, Théâtre du Rond Point, Montfort Théâtre, Manufacture des Abbesses, la Colline… Théâtre de Sartrouville, Théâtre de l’Ouest Parisien, Théâtre Michel Galabru,… La commune,  Théâtre National de Strasbourg, et d’autres en Aquitaine, Bourgogne, Bretagne, Midi Pyrénées, Haute Normandie…

 

Tout le programme et les informations seront en ligne sur le site de Telerama à partir du 20 avril (www.telerama.fr/theatre). (et, au vu du programme, sachez que certaines pièces sont alléchantes au possible (même que, pour l’une d’elles, je regrette (un peu) d’avoir déjà réservé, payé et reçu mes places au prix fort.. mais c’est la vie …)

 

Pour vous donner une idée : L’illusion comique de Corneille (Comédie Française), La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute, Desproges (Comédie française), Les 39 marches (Théâtre La Bruyère), Songe d’une nuit d’été (Paris 13) Dieu (Woody Allen, Paris 18) , La dame de chez Maxim (Feydeau, Boulogne Billancourt) , Les nuits polaires (Jørn Riel, Basse Normandie) Festival International du nouveau Cirque (Alsace), Premier amour (Beckett, Marseille)… Des auteurs et des styles très variés, tous les amateurs de théâtre y trouveront sans doute leur compte, et les autres aussi… Ainsi que les enfants car plusieurs spectacles jeune public sont programmés…

 

 

Sur ce, bon spectacle ;)

06:22 Publié dans *Au théâtre ce soir* | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : theatre, pass telerama theatre | |  Facebook

01/03/2010

LE PAQUET – PHILIPE CLAUDEL

C’est un homme seul qui entre en scène. Il traîne derrière lui paquet. Qu’il y a-t-il dans ce paquet ? On n’en sait rien quand l’homme surgit. Un corps peut-être, comme sa forme le porte à croire ? L’homme entame alors un long monologue, mélopée de paquet stock.jpgsouvenirs, de déclarations contradictoires, de réflexions sur son passé. Etait-il un homme d’affaires affairé ? Un garagiste qui a épousé la plus belle femme du quartier ? Un autodidacte qui a réussi comme employé de banque ? On ne sait pas trop. Les souvenirs s’égrènent, « Je ne suis pas seul. Ne croyez pas ça. Non, non, j’ai beaucoup d’amis ». L’homme raconte : sa popularité, son aura qui attirent l’amitié et les honneurs, les privilèges, les protections, dans la vie comme à l’armée. On ne sait si l’homme ment ou s’il a perdu tout ce qu’il possédait et se souvient seulement du temps béni de sa popularité, du temps béni où il avait des amis, un entourage, des proches.

 

Au fil de ce long monologue, le ton change, l’homme évoque sa femme : « Elle s’est approchée de moi. J’ai senti son parfum, musc et citron, légère fragrance boisée, notes de chèvrefeuille, sa chevelure m’a frôlé le visage et elle m’a dit : Milles excuses je voudrais valider. Ce furent ses premiers mots. ». L’ ‘homme change de ton, de sujet, d’humeur. Il triture sans cesse son paquet, le tient, le serre, l’ignore. Tourne autour.

 

On ne sait pas ce qu’il contient, on se contente d’imaginer, de supposer, en se laissant bercer par le récit décousu de cet homme étrange.

 

Etrange, oui.

 

C’est bien le mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette pièce. La plume de Philippe Claudel oscille entre poésie et sombre réalisme. D’un coté certains passages sont très justes et vont montrer du doigt la futilité de la société, nous plonger dans un réalisme triste et mélancolique (« Ma femme aimait beaucoup les supermarchés. Nous y allions environ tous les samedis. Je pense que c’est l’ambiance qui lui plaisait, les lumières, les belles musiques diffusées dans les haut-parleurs d’une remarquable qualité stéréophonique, les sourires des hôtesses de caisse, la prestance des vigiles, souvent de superbes Africains à la peau d’ébène et aux dents d’ivoire, sanglés dans d’élégants costumes croisés en viscose, et qui portaient , par nostalgie sans doute, des cravates ornées de palmiers et de régimes de bananes »), d’une autre coté, d’autres réflexions de l’homme m’ont semblé faciles, attendues, regroupant de grandes généralités sans originalité (« Nous mourrons de trop posséder. Nous possédons trop. Trop d’argent. Trop de choses ». « Nous sommes vraiment un très petit pays dirigé par un tout petit homme. Nous méritons d’être devenus ce que nous sommes devenus. C'est-à-dire rien. Rien du tout. Un peuple fatigué et arrogant. Oublieux. Sans reconnaissance. »).

 

En fait, je crois qu’il manque à cette pièce l’étincelle qui accrochera le lecteur, un scintillement discret mais bien présent, caché sous le monologue de cet homme, que j’ai attendu en vain tout au long de ma lecture. Le discours de l’homme est volontairement incohérent, décousu, mais il s’arrête sans avoir donné beaucoup de réponses ni terminé par un coup de théâtre une révélation ou une réflexion quelconque chez moi.

 

Je reste sur ma faim, et j’espère que la pièce, qui est jouée à Paris en ce moment avec Gérard Jugnot, donnera aux spectateurs qui la verront plus de plaisir ou d’émotions. C’est un bon rôle pour un comédien, comme peuvent l’être les monologues, et Gérard Jugnot y est employé... non pas en contre-emploi, comme je l’ai lu ici et là. Jouer un personnage triste quand on est habitué des rôles comiques est souvent attendu et quelque part un virage logique. Le clown se transforme en clown triste et le tour est joué, les spectateurs ébahis. Beaucoup de comédiens l’ont fait, de Coluche à Jacques Villeret, ils étaient certes très bons, mais le truc est connu maintenant et devient une facilité pour les comédiens dits comiques voulant acquérir une crédibilité plus "sérieuse". Jugnot joue certainement très bien, mais, à mon humble (et très humble) avis, il pourrait jouer un personnage méchant, cynique, épouvantablement détestable : là, ce serait vraiment du contre-emploi et une vraie performance. Ceci dit, je n'ai pas vu la pièce, il y est peut-être (et probablement, du moins d'après certaines critiques lues) très bon. Ce ne sont ici que des réflexions que je me fais.

 

Pour ma part, je n’irai pas voir cette pièce là. J’attendrais un autre rôle et une autre pièce. Dans l’intervalle, je relirais avec plaisir « Le rapport de Brodeck » ou reverrais avec joie « Il y a longtemps que je t’aime », de Philippe Claudel, que je préfère pour l'instant en tant qu'auteur ou réalisateur.

 

 

 

 

Le paquet, Philippe Claudel

Théâtre Stock, janvier 2010, 87 pages

 

 paquetjugnot.jpg

Le Paquet », mise en scène Philippe Claudel, avec Gérard Jugnot, Petit Théâtre de Paris ,mar-sam 21h, dim 15h, 15 Rue Blanche, Paris 9e, m° Trinité, 30 euros.

23/07/2009

SI LOIN DE VOUS – NINA REVOYR

Jun Nakayama vit sereinement dans les hauteurs de Los Angeles. Ancienne star du cinéma muet, Jun est reclus dans ses siloindevous.jpgsouvenirs, rempli de nostalgie pour cette époque lointaine : Jun a soixante-treize ans. Le jour où un jeune journaliste le contacte pour un interview, Jun accepte et va replonger dans le passé. Le jeune homme lui demande vite pourquoi il a quitté le devant de la scène au début des années 20 et évoque un vieux scandale qui avait ébranlé Hollywood, le meurtre d’un réalisateur, jamais élucidé. Jun replonge dans ses souvenirs et fait revivre un pan de sa vie qu’il avait soigneusement rangé.

 

 

C’est un livre à plusieurs facettes : les jolies, celles qui se lisent avec plaisir, font miroiter les ors anciens et joliment surannés du cinéma muet : on plonge dans cette époque révolue, celle des acteurs qui faisaient tout passer par le regard, l’expression du visage, la gestuelle. Celle des plateaux de tournage où le cinéma était un art sacré pas encore galvaudé par du marketing outrancier. On s’enfonce aussi dans la montée du racisme anti-oriental et l’ostracisme sous-jacent vis-à-vis des étrangers (« C’est un film dont tout le monde va parler, affirma le Herald Examiner. L’alchimie entre Nakamaya et Banks est électrique, Nakayama parvient brillamment à traduire la bestialité inhérente à la nature des orientaux. »). Les propos sur le travail d’acteur m’ont bien entendu beaucoup plu et sont toujours justes («  Car passé les premiers moments de gêne, je me rappelai ce que c’était qu’habiter un rôle, que devenir un être qui, jusqu’à cette minute, n’avait existé que sur le papier et de le rendre réel aux yeux du monde. »).

 

D’autres facettes sont plus ternies : le style est assez monotone, et, bien que l’histoire ne soit pas déplaisante, il manque de vivacité. Certes, nous sommes dans un roman nostalgique, mais j’ai manqué, notamment au milieu du livre, de bailler aux corneilles. Quant à l’histoire, encore une fois pas désagréable, elle ne présente que peu d’intérêt, le personnage de Jun est à la fois touchant et agaçant, revenant sans cesse sur ses Immenses Qualités d’Acteur, son Succès Mérité et le manque de reconnaissance dont il souffre depuis des années. Quant au meurtre et sa « résolution », ils permettent de retenir l’attention mais ne sont pas passionnants : Jun sait tout sur ce meurtre, lâche petit à petit quelques bribes qui, quand elles seront découvertes et assemblées pour le lecteur, se révèlent finalement décevantes.

 

Au final, un roman nostalgique parfois tout en finesse, parfois soporifique.

 

Si loin de vous, Nina Revoyr

Phebus, 384 pages, mai 2009

 

 

Clarabel a adoré et trouve « que l’intrigue tient en haleine et éblouit », Cathulu l’a trouvé charmant, bien que « la narration s’essouffle au bout d’un moment ».

 

 

Lu grâce à « Chez les filles ».chezlesfilles.jpg