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15/07/2009

LA TROISIEME MISS SYMONS – FLORA M. MAYOR

Quant on naît troisième fille au sein d’une famille de 7 enfants, dans l’Angleterre victorienne, mieux vaut être jolie, sinon symons.jpgcorrectement dotée, savoir converser, être d’une compagnie agréable et laisser supposer aux futurs prétendants un potentiel de sociabilité suffisant pour attirer le fiancé.

 

Henrietta Symons n’est ni jolie, à l'aise sans être riche, pas particulièrement agréable : son caractère acariâtre n’est pas son meilleur atout pour trouver un mari. Alors que ses sœurs quittent le foyer familial, Henrietta se voit condamnée au célibat.

 

Le parcours, donc, d’une enfant devenue jeune femme, vieille fille et enfin vieille dame.

Que ce soient les sœurs d’Henrietta, chacune décidée à se caser avec un parti honorable à défaut de susciter de l’amour, ses frères voués à « faire carrière », sa mère réfugiée dans la maladie, tous les personnages qui entourent Henrietta sont croqués avec finesse et les mœurs de l’époque habilement dessinés. On retrouve également beaucoup d’humour dans le portrait d’Henrietta, dont le caractère certes fort peu aimable (le personnage n’est pas très attachant, au final) restera grincheux… et touchant.

 

Acariâtre, donc, bourrée de préjugés, réactionnaire, amère et peu souriante, cette Henrietta victorienne ressemble beaucoup à une ou deux « célibataires endurcies » que je connais, et c’est aussi ce que j’ai aimé dans ce livre : le portrait et l’analyse d’une jeune fille qui pourrait à quelques détails près (époque, éducation, famille) relater ou prédire celui d’une fille d’aujourd’hui, qui deviendrait une vieille tante digne et indignée qu’on aime bien, à condition de ne pas la voir trop souvent.

 

« Henrietta tuait le temps en allant ici ou là « jeter un œil » ; non à une église ou un tableau ancien, bien sûr – elle n’approchait jamais les chefs d’œuvres maintenant qu’elle avait tout le temps de les voir –mais à l’office de Pâques, aux défilés célébrant les anniversaires royaux ou aux batailles de fleurs…. S’il pleuvait, si quelque chose allait de travers, c’étaient des récriminations à n’en plus finir. Et quand, enfin, elle assistait à son spectacle, elle n’en retirait qu’un plaisir infime….Elle était si exigeante en matière de confort qu’elle devint un objet de terreur et d’aversion pour les serveurs et les femmes de chambre. Elle réglait sa note avec ponctualité, mais d’une pingrerie redoutable, elle arrachait maintes concessions à l’hôtel en revenant à la charge avec une obstination qu’aucun homme et très peu de femmes auraient le courage de montrer. En quête de l’hôtel idéal, elle était toujours par monts et par vaux… Cette vie lui gâta le caractère. Elle était plus irritable et tatillonne que jamais, toujours prête à livrer bataille, flairant l’entourloupe, persuadée qu’on cherchait à profiter d’elle. »

 

 

 

La troisième Miss Symons, Flora M. Mayor (1913)

Editions Joëlle Losfled, 128 pages, mai 2009

 

 

Les avis plus détaillés de Cathulu et Lou.