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10/11/2010

Le repas des fauves – Vahé Katcha. Adaptation et mise en scène Julien Sibre

LeRepasdesFauves2.jpgTiens, on va faire un jeu. Histoire d’agrémenter un diner un peu terne et par la même occasion ce blog tout aussi terne ces derniers temps.

Imaginez que vous recevez quelques amis à dîner pour l’anniversaire de votre femme. Cinq amis qui ont chacun leur personnalité, leurs qualités, leurs défauts. Vous croyez les connaître, vous les aimez bien et savourez à l’avance cette soirée entre amis. Parce qu’en ces temps de deuxième guerre mondiale et d'occupation, restrictions et privations obligent, il faut bien conjurer le sort et rire un peu. Tout le monde est arrivé : Jean-Paul le docteur dévoué, Vincent le maître de philosophie un peu dandy, Pierre l’aveugle de guerre, André le filou un peu roublard un peu collabo mais qui vous apporte pas mal de gourmandises introuvables, Françoise, la veuve de guerre aux convictions résistantes bien arrêtées. Vous, vous êtes libraire et aimez Sophie votre jeune épouse qui fête donc ses 28 printemps.

 

La soirée commence bien, les langues se délient, les rires fusent, on savoure le Dom Pérignon dégoté par André, Sophie est ravie des paires de bas que les hommes lui ont offertes, vous vous offrez une parenthèse de gaîté sans penser au lendemain.

 

Et puis voilà, des coups de feu éclatent dans la nuit, vous vous précipitez tous aux fenêtres et comprenez que deux soldats allemands viennent d’être tués par un résistant. Peur, angoisse, vous espérez que la soirée pourra continuer calmement mais c’est sans compter sur le commandant Kaubach qui fait irruption et vous annonce que ses hommes seront vengés d’ici deux heures. Vengés par l’arrestation de deux otages par appartement. Vengés parce que vous êtes en temps de guerre et que voilà, c’est comme ça, deux hommes assassinés égalent deux otages. Mais Kaubach, dans sa grande mansuétude, a décidé de vous faire un cadeau : vous êtes 7 personnes dans l’appartement, il ne lui en faut que 2. Et c’est à vous de décider. Vous avez deux heures pour ça. Choisissez entre vous ceux qui se sacrifieront.

 

Pas mal comme soirée, non ? Ca vaut mieux que toutes les parties de backgammon ou de bridge du monde, non ?

Le repas d’anniversaire peut commencer. Ah non, ce n’est plus un repas d’anniversaire. C’est devenu un repas de fauves. Parce qu’à partir de ce moment, les masques vont tomber, les langues se délier, et les véritables natures se révéler. Tout, plutôt que de mourir. Tout, pourvu qu’on sauve sa peau.

 

Un résumé un peu long, je le reconnais, mais qui me permet de dresser le tableau de cette excellente pièce jouée au théâtre Michel. Adaptée de la pièce de Vahé Katcha (pièce qui fut également une nouvelle écrite par le même Vahé Katcha) et du film qu’en a tiré Christian-Jaque en 1964, Le repas des fauves met en scène la jalousie, la petitesse et la mesquinerie d’un groupe d’amis. Quand les masques tombent, quand la peur de mourir pulvérise l’amitié, la lâcheté prend le dessus et met à jour les faiblesses humaines.

 

 Tous ces amis vont entamer une partie où chacun cherche à sauver sa peau. Le vernis s’écaille et révèle les personnalités. André, le collabo, est prêt à tous les saluts hitlériens pour s’en sortir, à toutes les dénonciations (« Mais vous pourriez vivre avec un cadavre sur la conscience ? Franchement, je préfère vivre avec un cadavre sur la conscience qu’être moi-même un cadavre sur la conscience d’un autre. ») ("Et vous, vous n’êtes pas nazi ? Je préfère être un nazi vivant qu’un français mort ! »). Les autres, du médecin au libraire, vont tout imaginer pour s’en sortir, quitte à sacrifier leurs amis.

 

Un texte ciselé aux répliques qui giflent et une mise en scène réussie qui tient le spectateur en haleine. Le jeu des comédiens est excellent, tous maitrisent parfaitement leurs émotions. Impossible d’en retenir un ou une en particulier, j’ai aimé Caroline Victoria dans le rôle de Sophie, toute en candeur et innocence, Cyril Aubin excellent dans le rôle du docteur (« Non, je devrais être le dernier à le dire : supprimer un médecin, ce serait un crime contre l’humanité ») ou Oivier Bouana dans le rôle de Victor qui peu à peu va s’effondrer et révéler toute sa faiblesse et sa terreur. Je n’en cite que trois mais tous sont parfaitement dirigés et font évoluer leurs personnages à la perfection du début à la fin. Ni trop, ni trop peu, leur jeu est minutieusement dosé et tout en finesse.

 

Des projections video viennent également s’ajouter à la pièce par moment, et c’est sans doute là le seul bémol que je mettrai car je ne pense pas qu’elles soient nécessaires pour intensifier la tension ou illustrer les situations (notamment la toute première qui projette des défilés allemands (nous savons à quelle époque nous sommes, inutile de le souligner, ou celles qui figurent l’assassinat des soldats allemands sous forme d'animations) ou celles du bombardement. Seule la dernière m’a énormément plu et clôture la pièce sur une note douce amère que j’ai particulièrement appréciée.

 

Une comédie dramatique, donc, qui n’oublie pas de rire : des rires amers parfois, cruels aussi, parce qu’elle révèle des sentiments et attitudes tellement humaines. Parce que personne ne peut promettre de ne pas réagir pareillement, au final.

 

Très bon, donc. Vous venez dîner à la maison ?!

 

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Le repas des fauves

Adaptation et mise en scène Julien Sibre, compagnie Minus et Cortex

Théâtre Michel

38 rue des Mathurins Paris 9

01 42 65 35 02

Jusqu’en janvier 2011

 

Le site de la compagnie (avec la bande annonce)